Editorial

Le secret de l'annonce avait été bien gardé. Même le Père Lombardi, responsable de la communication au Vatican, n'était pas au courant. Il a dû improviser une conférence de presse au dernier moment.

 

 

 

Il est comme ça, Benoît XVI, c'est un intellectuel, il a ses coquetteries, il aime surprendre. Il veut prendre de court. Jusque dans sa démission, il aura eu l'initiative. Souvenez-vous le Motu proprio libéralisant la messe traditionnelle [désormais théoriquement, elle est en vente libre, en réalité enfermée dans quelques salles de shoot comme... le CSP à Paris], ce Motu proprio Summorum Pontificum, ce fut un coup de tonnerre dans un ciel serein. Et la désexcommunication des quatre évêques : "il a fait ça"... Eh bien ! Cette fois c'est la même chose : il a osé ! Ce vieux Monsieur aime les coups d'audace.

 

Les libéraux de tout pelage se réjouissent : enfin un geste moderne de Benoît XVI. Avant lui le pape était le roi du monde. Maintenant il n'est plus que le préfet d'une forme particulière de christianisme que l'on appelle catholicisme. Bonne nouvelle ! Quant aux tradis, ils sont entre la colère - qui les fait abonder dans le sens des libéraux, pour un peu ils prendraient Benoît XVI pour un banal social-traître - et l'abattement. Je regardais l'excellent site Benoît et moi : rien. Sidération. Ce rien veut dire : comment a-t-il pu nous faire ça ?

 

"Quand un pape en vient à reconnaître, en toute clarté, que physiquement, psychiquement et spirituellement, il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors, il a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer" déclarait Benoît XVI à Peter Seewald dans Lumière du monde (éd. fr. 2010 p. 51). Nul doute que pour Benoît XVI, il ne s'agissait pas de faire valoir un droit mais de remplir un devoir de sa charge. - Quel devoir, direz-vous peut-être, agressif déjà. Celui de nous abandonner ?

 

Dans le bref texte latin qu'il a lu durant un petit consistoire convoqué officiellement pour la canonisation de trois saint et au cours duquel il a exprimé sa renonciation en latin, Benoît XVI propose trois pistes explicatives : les grands changements, les grands enjeux pour la vie de la foi et "l'administration" (il utilise ce terme et ce n'est pas un hasard). Le dernier est sans doute le plus sensible. Benoît XVI, contrairement à Jean-Paul II n'avait pas d'équipe sur laquelle il aurait pu se reposer. Son numéro 2 était notoirement défaillant. Il devait tout surveiller, chose impossible à son âge. Résultat : les fuites par son propre majordome. Résultat aussi sans doute : des négociations manquées avec la FSSPX.

 

Quant aux deux premiers points, ils n'en font qu'un : les changements et les enjeux. Benoît XVI, avec sa pénétration, était plus qu'un autre capable de faire entrer l’Église dans le XXIème siècle. Mais il s'en juge incapable à cause de l'ampleur de la tâche qui se profile. Ce siècle donne raison à Malraux... par antiphrase. Il s'annonce antispirituel - et religieux peut-être mais alors au sens le plus idéologique du terme. Avec Benoît XVI qui s'en va, c'est le dernier grand acteur vivant de Vatican II qui s'éloigne, c'est aussi sans doute le vrai concile, le concile vivant qui s'estompe, c'est l'optimisme de Vatican II qui semble définitivement démonétisé, comme un euro fort que l'on jugerait désormais inefficace et que l'on s'empresserait de quitter. Les utopies des années 70, qu'elles soient monétaires ou religieuses, apparaissent pour ce qu'elles sont dans ce siècle de fer où l'on parle procréation assistée et politiquement organisée et où l'on rêve d'une sexualité libre, enfin libre, totalement déchargée du fardeau de la procréation, où les sexes seraient devenus des genres et où les genres se déferaient et se referaient à volonté. Faire face ! Faire face aux États qui sont les premiers fonctionnaires de ce désordre mondialisé et qui sont impitoyablement "laïcs" parce que sans entrailles. Il faut un nouveau souffle dans cette Église, dont, selon le mot de Benoît XVI lui-même (à Malte) la foi apparaît de plus en plus comme "une contre-culture". Il faut un nouvel élan et il se dessine déjà dans les Journées Mondiales de la Jeunesse ou encore dans l'immense Manifestation pour tous. Mais il faut quelqu'un pour guider et pour représenter cet élan mondial de résistance au Pire, un pape jeune, sur lequel ne pèse pas le poids des fausses bonnes idées du passé.

 

Benoît a-t-il cela dans sa besace ? Je ne sais pas. Mais ce pape a décidé de nous surprendre. Après avoir été collaborateur d'un grand pape, pape lui-même, reste à ce qu'il devienne dans les prochains jours, faiseur de pape. Oh ! Il ne participera pas au conclave, son âge le lui interdit (la limite est à 80 ans). Mais il a ses réseaux, il peut, discrètement, comme il est toujours, faire courir une consigne. On peut se demander si cette décision, mûrement pesée pendant plusieurs mois comme nous l'apprend son frère prêtre Georg, le pape ne l'a pas prise pour produire un ultime coup "politique", capable de fonder ce que j'appellerais le "ratzinguérisme de l'avenir". Les faits répondront-ils à notre attente ? C'est évidemment Dieu qui décidera.

 

par l'abbé Guillaume de Tanoüarn 

 

 

Commentaires de la rédaction :

 

Nous ne pouvons que souscrire au vœu de l’Abbé de Tanoüarn dans son dernier paragraphe et prier pour que notre « encore » Saint Père ait « un coup politique dans sa besace ».

 

Quoi qu’il en soit, les journalistes et certains catholiques (clercs ou fidèles) qui se hâtent d’annoncer, dans la décision de Benoît XVI, une « ouverture à plus de démocratie » dans l’Eglise, une « modernisation » ou un « redimensionnement » de la figure du Pape, affichent donc, une fois de plus, leur crasse inculture théologique, à moins qu’ils ne prennent leurs désirs pour une réalité.

 

 

 

 

Extrait du site Le Salon Beige, le 10 Février 2013

 

Le Motu Proprio Au service de la Charité, du 11 novembre 2012, doit aider à dissiper les ambiguïtés. Et notamment le §3 de l'article 10 :
"En particulier, l’Évêque diocésain doit éviter que des organismes de charité qui sont sous son autorité, soient financés par des entités ou des institutions qui poursuivent des buts contraires à la doctrine de l’Église. De même, afin d’éviter de scandaliser les fidèles, l’Évêque diocésain doit éviter que ces-dits organismes caritatifs acceptent des contributions en faveur d’initiatives qui, dans la finalité ou les moyens pour l’atteindre, ne sont pas en accord avec la doctrine de l’Église."


 


Chaque Carême, le "Comité catholique contre la faim et pour le développement" (CCFD) invite les chrétiens au partage et quête pour ses œuvres. Mais un publiciste, Jean-Pierre Moreau a démontré naguère l'incompatibilité grave de beaucoup d'actions internes et externes du CCFD avec la Foi et la Mission de l'Église. Ce qui justifie une défiance.

 

Les constats sont graves : le CCFD soutiendrait inconditionnellement des associations qui font la promotion de l'avortement, la contraception, la théorie du "genre", "l'émancipation" des femmes… Ses principes de développement sont matérialistes. Sur son site Internet, il prône les mêmes thèmes


En réaction, est apparu un "communiqué anonyme" traitant M. Moreau de triste et endurci, criant à la diffamation et au mensonge. Il essaie de prouver que ces constats sont mensongers. Il cite des partenaires au Mexique et en Argentine et des extraits de leurs sites internet.
Un particulier a pris au mot ce "communiqué" et les informations qu'il propose, a exploré les sites recensés et, début 2012, détaillé ses constatations qui rejoignent parfaitement l'analyse de M. Moreau. En outre il découvre que le président du CCFD s'oppose vertement et es-qualité aux positions du Dicastère "Justice et Paix", et à la structure et l'enseignement de l'Église… Ce "communiqué" est un mensonge. Ce document de 28 pages est disponible sur demande.

 

On nous signale cet entretien (pages 10 et 11) donné par Mgr Castet, évêque de Luçon, dans lequel il aborde le problème des traductions liturgiques, un sujet sensible qui avait suscité l’ire de plusieurs évêques (Mgr Le Gall, Aubertin et Gueneley), suite à une tribune parue il y a quelques mois dans l’Homme Nouveau :

 

 Mgr Castet, évêque de Luçon

 

« Il y a très peu de temps, la Conférence épiscopale britannique et d’autres pays anglophones ont fait, à la demande du Saint Siège, une « traduction authentique ». A la suite d’autres traductions, nous avons eu une forme « interprétative », une affirmation dogmatique dans laquelle l’aspect sacrificiel est légèrement amoindri.

 

Un exemple d’édulcoration dogmatique, dans le Confiteor : « mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem » : non pas la Vierge Marie, mais la bienheureuse Vierge Marie toujours vierge, c’est différent ; l’autre n’est pas faux, mais est amoindri. A plusieurs reprises, il y a ces édulcorations. De même, « reconnaissons que nous sommes pêcheurs » nous désengage, car c’est global, ce sont nos péchés. Ce n’est pas dramatique, mais je pense qu’il y a une attente, qui devrait être résolue rapidement, je l’espère, d’une traduction plus authentique en continuité avec la tradition. C’est aussi le cas des prières eucharistiques, ou de la manifestation de l’espérance lors de l’embolisme du Pater ; de même l’Orate fratres, qui manifeste l’aspect sacrificiel de manière plus forte que ce que l’on dit ; et encore le consubstantiel du Credo : consubstantiel ne veut pas dire « de même nature » ; et puis dans le Pater, on ne peut pas dire « ne nous soumets pas à la tentation » ; je trouve que la traduction qui devrait être retenue est « ne permets pas que nous soyons induits en tentation » ; ce serait mieux. Nous devons avancer vers cela.

 

 

Nous avons besoin de votre aide

 

 

Chers Amis,

 

Le 21 septembre, accueillant les évêques des provinces ecclésiastiques de l'ouest de la France lors des visites ad limina, le pape Benoît XVI a prononcé les phrases suivantes : « à l'évêque diocésain revient le droit de « défendre l'unité de l'Eglise toute entière » (can. 392 § 1), dans la portion du Peuple de Dieu qui lui est confiée, bien qu'en son sein, s'expriment légitimement des sensibilités différentes qui méritent de faire l'objet d'une égale sollicitude pastorale. »

 

Comment ne pas croire que c'est notamment aux prêtres et fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain que pensait le Saint Père en faisant à nos pasteurs cette douce admonestation ?

 

Oui, la sensibilité qui est la nôtre, notre attachement à la liturgie traditionnelle et à "ce qui va avec" (catéchisme, doctrine, éducation...) est pleinement légitime et fait bien de nous une « portion du Peuple de Dieu » aussi respectable et digne qu'une autre de la sollicitude pastorale de nos évêques.

 

C'est avec joie que nous reproduisons ci-après un message plein d'Espérance d'un de nos amis de l'Ile d'Yeu.

 

Extrait du site de PaixLiturgique.com
Lettre N° 349 bis du 24 août 2012

 

« Ce mois d'août, avec la grâce de Dieu et sous l'action du Père de Frileuze, curé de l'ile d'Yeu depuis un an, la Messe selon la forme traditionnelle a été célébrée tous les dimanches du mois et le 15 août dans l'île.

 

La population permanente de l'île est d'environ 5000 âmes et les lieux de culte y sont nombreux. On y compte deux églises principales, Notre-Dame du Port et l’Eglise de Saint-Sauveur ainsi que trois chapelles de moindre importance, la chapelle de la Meule, dédiée aux marins, Notre-Dame de la Paix, chapelle récente construite en

 

1944, et la petite chapelle du Père de Monfort qui prêcha retraite à l’Ile d’Yeu. Or, bien qu'en saison la population soit multipliée par six, les trois chapelles ne sont presque jamais utilisées le dimanche et il est déjà arrivé qu'y soit occasionnellement célébré des messes " Extraordinaires" devant une centaine de fidèles.